Cambodge

Publié le par Maria et Anna

Commençons par la fin : hier nous avons visité Angkor ! Le Cambodge dans toute sa majesté. Des temples à n’en plus finir, des pierres plus grandes, plus lourdes, plus sculptées les unes que les autres; des pierres de matières différentes, assemblées dans toutes les manières possibles et imaginables et voici 270 temples que l’on a l’impression de découvrir comme des pionnières. De la brique, de la latérite, du granite; du rouge, de l’ocre, du noir et blanc. Le tout saupoudré du vert profond de la jungle et du jaune pâle des rizières assoiffées en attente de la mousson. Nous nous sentons exceptionnelles à traverser tout ça en vélo, à 50° au soleil. On arrive toujours en avance des groupes de touristes : lever du soleil au Bayon alors que les Coréens et autres Japonais se précipitent à Angkor Wat, suite à la Terrasse des Eléphants baignée dans la lumière du matin et trônant sur la grande place remplie que des Althéas géants. Puis Ta Promh et ses racines monstrueuses qui se nourrissent des élégantes Apsaras ; puis le grand tour, 26 kilomètres parsemés d’une dizaine de temples tous différents, mais tous sous la même chaleur écrasante. Nos visages sont assortis à la latérite rouge sombre et notre peau est aussi chaude que les pierres noires qui cuisent au soleil. Mais nous prenons du plaisir à voir toutes ces belles pierres, ces galeries sculptées à perte de vue, et ces arbres majestueux. Une journée bien remplie (levé à 4h30...) et une fin superbe : dernières lueurs de la journée sur Angkor Wat, le plus grand édifice religieux du monde. 10 minutes magiques où nous nous retrouvons complètement seules dans l’édifice... C’était le complexe d’Angkor. Mais le Cambodge ce n’est pas juste Angkor. Quoi que, on pourrait y voir une métaphore... Le gouvernement à cédé la gestion des droits d’entrée à une compagnie privée, Sokimex, plus exactement à un magna du pétrol, Sok Kong. Ce gars verse 1 millions de US$ par an (800 000€) au gouvernement et 8% des recettes des tickets à la société Apsara, qui gère le site et plus encore (protection, restauration, urbanisme de Siem Reap et développement touristique de la région). Ainsi M.Kong se recolte le reste, c’est à dire 92% - 1 million des 500 000 tickets, à 30$ en moyenne, soit 13 000 000 $, soit environ 9 millions d’euros.... l’entretien et la gestion concrète du site (employés, nettoyage, restauration) revient à Apsara avec le million de dollars qui reste... sachant que ces recettes servent certainement plus à financer les énormes et innombrables Lexus (gros 4x4 très très chers) qui roulent à Phnom Penh qu’à la restauration des temples. Celle ci est laissée à de gentilles et pas toujours compétentes ONG internationales. Gestion corrompue et abusive d’une merveille culturelle et artistique. Métaphore. Les ONG reparlons en. Il y a quelques années j’étais bien surprise de la basse opinion qu’avait Sidonie, ma colloc, des ONG. Justement elle a passé 3 mois au Cambodge à intervenir artistiquement dans un orphelinat. Effectivement il faut aller au Cambodge et à Phnom Penh en particulier pour voir ce que sont les ONG ou du moins l’image qu’elles donnent. Je ne veux pas ici dénigrer le travail qu’elle font. Juste que ça saute aux yeux : ces quoi toutes ces bagnoles énormes dans ce pays si pauvre. C’est quoi ces restos de luxe remplis de visages pâles. C’est pas pour les touristes, non, c’est pour les ptits colons du 21ème siècle. Villa, femme de ménage, garde, cuisinier, nounou, chauffeur, et bien sur Lexus. Je n’ose même pas parler de la prostitution. Et encore moins de la prostitution infantile... Voilà le cliché de l’expat. Alors, ils ne sont pas tous comme ça, bien évidemment. Mais c’est à ça que sert l’argent qui est donné par la classe moyenne de chez nous ? A alimenter les grosses voitures et le bleu d’auvergne et le croissant pur beurre dans un pays qui ne connaît pas le lait et où il fait 35° ? hum; perplexe. Je ne donnerai pas aux grosses ong, voici ma conclusion. Non. Ok ils ont des bilans soit disant transparents et on est cessé savoir où va le fric. Mais désolée je n’y crois pas. Je ne connais pas les chiffres. Mais même si 1% va aux “frais de fonctionnement”, si c’est assez pour tous les luxe décrit plus haut, ben c’est déjà trop. Aider oui. Aider les gens à se sortir de la misère oui. Aider des blancs à avoir un niveau de vie extraordinaire dans un pays sous développé où règne la misère et où leur richesse est si dégoûtante, non. Et les petites ONG, et bien c’est pas tout rose non plus. Nous sommes arrivées au Cambodge pour aider une petite ONG justement. Tourism for Help, organisation suisse, a pour projet de construire un site touristique de formation et a pour vocation de devenir une plate-forme du tourisme responsable et écolo dans une région encore très peu développée. Stung Treng est dans le nord du pays, près de la frontière du Laos, là où le Sékong se jette dans le Mékong. Pour le moment les gens ne font que passer, dans le cadre d’un tour d’Asie du Sud Est proposé par Lonely Planete. Beaucoup sont des “touristes pancake” (je laisse libre court à votre imagination; terme de Sarah et Seb) et ne sortent même pas de leur Van, si ce n’est justement pour s’engouffrer un pancake chez le chinois du coin en tirant la tronche... j’exagère, mais à peine. Donc Stung Treng, de plus en plus de gens y passent mais très peu s’y arrête. Et normal, il n’y a pas grand chose à y faire. La seule excursion qu’on nous a proposé est un tour de bateau rapide (vous vous rappelez, au Laos...) pour aller voir des dauphins d’eau douce (que l’on peu voir plus facilement un peu plus au sud) et une cascade du Mékong, difficile d’accès, le tout pour 100$, sans guide et avec un chauffeur qui ne peut même pas nous accompagner au chutes car il ne sait pas ou c’est. Des touristes sont même revenus sans avoir trouvé les chutes. Non merci. Alors la région a peut être un grand potentiel, mais il y a tout à faire. On a quand même pris un petit bateau qui nous a amené voir le pont chinois (et oui ils sont partout ces chinois !!) -on a pas les mêmes définitions du lieu touristique- et l’autre côté du Mékong où effectivement c’était très joli, petits villages, cocotiers et belles maisons. ?Donc Tourism for Help veut développer tout ça ou en tous les cas y participer. Mais bien évidemment il manque des sous pour mener le projet à bien et nous nous sommes proposées pour faire un petit film promotionnel pour une soirée de collecte de fond qui a lieu en France fin Mars. Ce que nous découvrons à l’arrivée est bien différent de ce que nos avons pu lire. Les responsables sont un peu embourbés dans les formalités administratives et les différentes bienséances à remplir dans ce pays si soucieux de la hiérarchie et de la corruption. Il faut pas se planter quant à l’ordre dans lequel on demande les autorisation et la manière avec laquelle on s’adresse à tel gouverneur où sur la qualité du cadeau où la quantité de riz a apporter pour obtenir telle signature. Pas facile. Nous arrivons à un moment clé : Patrick, le président de l’assoc retourne en Suisse et laisse Emilie, coordinatrice de terrain, seule responsable de tout le toutim. Beaucoup beaucoup de boulot et de responsabilités. Ils ont voulu commencer le projet à une petite échelle, pour commencer. Mais les fonds ne sont pas suffisants pour s’entourer des bonnes personnes et le début de la formation dans de telles conditions ne nous semble pas prudent du tout. Nous faisons part de nos doutes et espérons qu’ils seront pris en compte, pour le bien des khmers qui seront impliqués dans le projet. Reparlons des grosses voitures, c’est un vrai symptôme. Alors il y a les blancs, certes, mais il y a aussi des khmers (habitants du Cambodge) dans ces grosses voitures. Il y a ceux qui on fait fortune grâce au pétrole, au tourisme, à la drogue, à la prostitution, à l’immobilier, ... bref, comme chez nous. Mais il y a surtout les fonctionnaires. Oui, c’est un secret pour personne, les dirigeants du Cambodge sont corrompus. Comme tous les gouvernements d’Asie et peut être même tous les gouvernements du monde (on donne un bel exemple chez nous), mais à ce point là ! Je crois que le Cambodge bat un record. C’est d’abord le pays le plus pauvre de la région. Même le Laos n’atteint pas ce délabrement. C’est un des pays le plus pauvre du monde même. Pas loin du Bangladesh. Et voilà t’y pas que je n’ai jamais vu plus de Lexus et de Hummer (autre très très très grosse voiture) à la minute dans ma vie, même pas à Versailles ! Donc tout l’argent gagné en interne (pétrole ou Angkor) ou donné par l’étranger (3/4 quand même) se retrouve dans les poches des fonctionnaires. La corruption est à toutes les échelles, du roi au policier du coin ; tout se monnaye, même la vie des enfants. C’est à vomir cette différence entre les pauvres et les riches. Cette opulence à côté de la misère. C’est à enrager de se dire qu’avec les fonds de poches des fonctionnaires on pourrait reconstruire le pays, offrir éducation et avenir à tout ces jeunes cambodgiens. Mais bon, le Cambodge ce n’est pas juste vomissements et enragements. Citons le cliché : le Cambodge c’est le pays du sourire. Et effectivement les sourires des khmers sont beaux. Les gens, encore ici, sont gentils. Et le pays est beau. Malgré la sécheresse, les rizières sont plus belles vertes. Mais nous avons découvert avec émerveillement les belles plages du Sud, près de Sihanoukville, et le palais royal de Phnom Penh, et bien sur les temples d’Angkor. Nous partons demain vers Battambang et allons découvrir un peu la région. Le pays est encore peu développé touristiquement (mis à part Angkor); les routes se construisent juste, le liaisons de bus apparaissent et les investisseurs lorgnent sur la belle côte. L’éco-tourisme fait sont chemin, mais il est encore long. Jamais nous n’avons vu autant de plastique le long des routes, même pas en Chine. Le traitement des déchets n’existe tout simplement pas. Et ils utilisent beaucoup de plastique. Tout pourri dans la rue. Les odeurs sont souvent difficilement supportables, surtout prêt des marchés. Mais ces marchés sont plein de merveilleux fruits exotiques -on arrive juste pour les mangues- alors ça couvre les odeurs. Etre ici fait réfléchir à la notion de visiter un pays avant qu’il ne soit développé. Les gens sont souvent fières d’avoir vu un pays avant les troupes de touristes. Ce concept ne s’applique pas vraiment ici. Pas de développement touristique n’est ici pas synonyme de nature vierge et de gens pas pourris. Non. La nature est pourrie (déforestation complète -au profit des Chinois, Vietnamiens et Thailandais bien sur- et plastique partout) et les gens sont bien loin d’être vierges. L’arnaque est partout. Mais l’infrastructure est quasi inexistante. Alors on se dit que c’est pas comme les îles de Thaïlande qui était certainement plus paradisiaques dépourvues de béton et de pancake tatoués et drogués. Non. Le Cambodge sera plus agréable plus “développé”. Phnom Penh n’a rien à voir avec Vientiane, c’est une ville énorme et ‘busy’, grouillante, débordante. Elle sera certainement plus agréable une fois que les canalisation auront apparues. La campagne est jonchée de plastique et d'immondices. Elle sera certainement plus agréable une fois un traitement des déchets inventés. Le Ratanakiri (bien loin dans le nord est) sera visitable une fois un accès autre que l’hélico ou l’avion (je crois que ca vient juste d’être mis en place) et les arnaques peut être moins nombreuses quand les gens auront le droit à l’éducation et à une vie respectueuse. Je ne suis pas en train de souhaiter le développement du Cambodge juste pour le bon plaisir du touriste. Il est juste difficile d’être touriste dans un pays si loin de ce qu’on aimerait pour lui. Il est dur aussi de rester optimiste. Nous avons l’impression que le changement ne peut venir que de l’intérieur; que les ONG peuvent certes aider des destins individuels mais qu’un vrai changement et un développement durable ne pourra intervenir que par l’intérieur, uniquement s’il est initié par les khmers eux même. Et comment ? Quand le moindre essai de justesse est réprimé ? Quand les profits directs priment systématiquement au développement durable ? Comment quand une population est trop occupée à survivre et à profiter du jour même, après toutes ces années de guerre ? Mais comment sans que l’horreur des Khmers Rouges n’aie été jugée ? Comment aller de l’avant pour ce pays ? Comment rester optimiste et ne pas croire le peuple dans une impasse ? Se dire qu’il faut du temps. Certes. Mais le temps est compté. Dans 30 ans il n’y a plus de pétrole et le Cambodge sera bien le dernier à être servit. Nous ne sommes pas sures qu’il est permit d’espérer ici, qu’il sera donné le droit au peuple d’espérer. C’est ça qui est dur je crois. Tout ça pour dire qu’il est difficile de parler des bons moments lorsqu’il y a autant de misère et si peu d’espoir. Et pourtant il y en a eu : la noix de coco glacée, la mangue extraordinaire, les petites vendeuses de plage adorables, les langoustes sur fond de sable blanc et mer turquoise, les beaux sourires des moines, le SWDC et ces destins de femmes changés (cf carnet pratique), les bougainvilliers et les tiare en fleur, le beau mékong, nos 10 minutes seules à Angkor Wat...
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Publié dans anna

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